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12 meditations alchimiques de Grillot de Givry

 
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Arathos
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MessagePosté le: 2017-11-08, 11:01    Sujet du message: 12 meditations alchimiques de Grillot de Givry Répondre en citant

https://fr.scribd.com/document/353894066/Alchimie-Grillot-de-Givry-Le-Mysterium-Magnum-amp-Le-Grand-Oeuvre-pdf
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LE MYSTERIUM MAGNUM
X I I MÉDITATIONS SUR LA VOIE ÉSOTÉRIQUE DE L ’ABSOLU
G R I L L O T De G I V R Y
Au-dessus de nous, dans les sphères éternelles d’où
émanent la Lumière et la Vie, règne le mystère, insondable
et splendide, de l’Absolu.
L’Absolu enserre notre être comme un involucrum, et
borne le cercle étroit de nos concepts précis ; en toutes
choses il a imprimé sa commonéfaction.
Ténèbres, Inconnu pour ceux qui n’ont pas la Science, il
n’est qu’un voile qui recouvre la Cause Première, et qui se
lève devant les Initiés.
Heureux celui qui l’aura su déchirer avant l’heure ! car la
Lumière qu’il connaîtra déjà ne l’éblouira pas par sa
vision inattendue.
Mais que ceux qui se seront complu dans l’inexistant
craignent que, pour eux, le gardien du seuil ne soit obligé
de l’écarter lui-même !
Alors, à la vue de ce qu’ils n’avaient jamais soupçonné, de
ce qu’ils avaient contemné peut-être, ils tomberont
anéantis dans les profondeurs du chasme, où, n’ayant
plus conscience d’eux-mêmes, ils perdront leur entité et ne
se retrouveront plus !
O la paucité et la parvité des doctes, en cet instant décisif !
Que de regrets d’actes non accomplis, de projets non
exécutés ! Combien, ne pouvant réparer les omissions et
les erreurs, devront, imparfaits, incomplets, impurs,
accepter leur réalisation définitive !
Suis-moi donc, mon Disciple, dans la Voie de l’Absolu que
je vais t’enseigner ; suis-moi, et je te promets qu’un jour tu
ceindras ton front de la couronne de lumière, du diadème
d’or des Sages, réservé à ceux qui, pendant leur vie,
auront accompli l’OEuvre qui résume toute OEuvre.
Beaucoup ont entendu discourir du Grand OEuvre.
Quelques-uns se proposent de s’y adonner, mais bien peu
en abordent la question.
Tous disent : « Plus tard, quand nous auront conquis le
loisir et le calme. » Mais le loisir et le calme ne viennent
jamais, tandis que l’Absolu te réclamera sans faute,
puisque tu émanes de lui.
Oh ! passer sur cette terre sans avoir déchiffré l’énigme,
sans avoir pénétré le secret inexsupérable que certains,
parmi nos aïeux, connurent, le pourrais-tu, toi qui as déjà
quémandé la Sapience auprès de tant d’hommes qui ne la
possédaient pas ?
Le Grand OEuvre ! Le Grand OEuvre ! Vocable prestigieux !
Fulgurante splendeur ! D’aucuns, dans les âges écoulés,
auraient donc contemplé cette merveille, l’auraient
possédée intégralement, et toi, tu la laisserais, inexpliquée,
dans les livres !
Et dans l’au-delà, doué alors de la plénitude de ta lucidité
perceptive, tu verrais la phalange triomphale des
Sapients, inondés d’une joie radieuse, éperdus de bonheur
et d’allégresse, se délecter de la Pierre des Philosophes,
s’en nourrir pour l’éternité et tu n’aurais aucune part à ce
festin !
Et tu entendrais les blanches théories des Initiés te crier
comme Dante : Guai a voi anime prave Non isperate mai
veder lo cielo !
tandis qu’elles s’éloigneraient pour jamais, triomphantes,
dans la Lumière, et te laisseraient seul, au sein des
ténèbres grandissantes, leur diazome sinistre s’étendant
autour de toi !
Que cette pensée suffise donc à t’inspirer le regret de ta
néglection du Magistère des Sages.
Plût à Dieu qu’il ne soit pas trop tard, et que tu ne te
trouves déjà trop avancé dans la vie pour entreprendre de
le parachever !
Car si l’ascèse n’a pas commencé au sortir de
l’adolescence, il est douteux que tu puisses parvenir à la
perfection. C’est dans ce sens que Nicholas Valois a dit :
« Le Printemps avance l’OEuvre. » Et Saint Thomas
d’Aquin : « Dans les premiers jours, il importe de se lever
de grand matin et de voir si la vigne est en fleurs. »
LE GRAND OEUVRE
X I I MÉDI TAT IONS SUR LA VOI E É SOT ÉRIQUE DE L ’AB SOLU
G R I L L O T D E G I V R Y

I. L’Absolu est la synthèse de la perfection
universelle.
II. L’être qui possède en soi le sentiment de
la perfection, est sur la Voie de l’Absolu.
III. L’être qui a introduit en soi un élément de
perfection, a cheminé sur la Voie de
l’Absolu.
IV. La Voie de l’Absolu conduit à
l’absorption dans la Cause Première.
V. La Cause Première est la perfection
abstraite. Elle est l’Absolu lui-même.
VI. La Cause Première est une, infinie,
éternelle.
VII. L’être qui a exalté en lui les trois notions
d’unité, d’infinité et d’éternité au point de
se les assimiler à l’exclusion de toute
autre, s’est absorbé dans la Cause
Première ; il a réalisé la perfection
suprême ; il a parcouru la Voie de
l’Absolu.
VIII. La réaction du mouvement sur
l’immobilité mobilité et de l’immobilité
sur le mouvement se manifeste en toutes
les choses perceptibles.
IX. Le mouvement est la perfection et
l’immobilité est la perfection.
X. La Cause Première est immuable et elle
est l’universel moteur. Elle est à la fois le
mouvement, et l’immobilité.
XI. La destruction, en l’être, de cette dualité,
le rejet de ce binaire par l’union de ces
deux principes, à l’imitation de la Cause
Première, conduit donc à la perfection.
C’est la Voie de l’Absolu.
XII. La cause première possède l’existence
pure.
XIII. Tout ce qui s’éloigne de la Cause Première
tend, par des degrés successifs, vers la
non-existence.
XIV. Ce qui ne tend pas vers l’existence pure
n’est pas dans la Voie de l’Absolu.
XV. Toute chose possède dans l’Absolu son
archétype parfait.
XVI. La restauration de chaque chose en sa
véritable effigie suivant cet archétype,
constitue la rédemption universelle.
XVII. Chercher le Rédempteur universel, c’est
cheminer dans la Voie de l’Absolu. C’est
GRILLOT DE GIVRY – 2 – LE GRAND OEUVRE
travailler efficacement au Grand OEuvre.
XVIII. Les clefs de l’Absolu sont inscrites dans
les nombres, car ceux-ci réfléchissent
l’économie de la Cause Première et du
plan de l’existence pure.
XIX. Mais la Voie de l’Absolu n’est pas dans
les nombres, car l’infini n’est ni la somme
ni la limite des nombres.
XX. La réduction de tous les nombres à l’unité
doit donc être préalablement opérée avant
la possession de l’infini.
XXI. Car l’unité et l’infini sont les deux noms
d’une seule et unique chose, et la Voie de
l’Absolu n’est pas une progression
véritable, mais une ascèse ; et c’est là le
Grand OEuvre que les Philosophes ont
enseigné.
Tel est, mon Disciple, tout le Magistère.
Comprends et trouve la vingt-deuxième clef, le
Tau mystérieux qui ne s’écrit pas.
Retiens : Il n’y a qu’un seul oeuvre ; il y a deux
travaux, trois régimes, quatre opérations, sept
degrés dans chacun des régimes et douze
maisons célestes dans lesquelles
s’accomplissent les quatre opérations.
La formule de la Pierre s’établit ainsi :
Puis les quatre éléments, ou Tohou-va-Bohou,
enfermés clans l’Athanor aimanté par le Ruach
Ælohim, le tout pendant une année et sept jours.
Lorsque tu connaîtras le diamètre spagyrique, tu
pourras accomplir la quadrature du cercle
philosophique. Contemple l’unité et son
logarithme, l’infini et son logarithme, le zéro et
son logarithme, et tu possèdes la Clef de
l’Univers. Te voilà donc muni, mon Disciple, du
viatique de la Science suprême.
Tu as reçu des maîtres l’imposition des mains.
Revêtu de cette onction sacerdotale, tu vas
maintenant, hélas ! rentrer dans le monde
brumeux et morne, de tes jours antérieurs ! Il faut
que tu te perdes de nouveau dans la foule des
hommes, que ton oreille entende, comme
autrefois, les vulgarités, les lieux communs et les
blasphèmes.
Sans doute l’amertume singulière de cette
épreuve apporte ici quelque tristesse : mais il est
aisé d’en triompher, car tu es le hiéracophore de
l’antique Sapience ; tu portes en ton coeur un
trésor qui doit te consoler de toute douleur
terrestre, une lumière qui doit illuminer
éternellement ta vie.
Ta mission te place au-dessus de tous les hommes
et ton bonheur est incomparable, car pour toi la
parole d’Hermès s’est réalisée : « Ce qui était
occulte et caché deviendra manifeste. »
Et nulle angoisse ne saurait étreindre celui auquel
a été enseignée la Voie Royale de l’Absolu !
Écoute Saint Paul t’énonçant le grand arcane :
Patres nostri omnes biberunt de spiritali,
consequente eos, petra : PETRA autem erat
CHRISTUS (I Cor. , X. , 4).
Lutetiae Parisiorum, 1906, le jour de l’Epiphanie.
MÉDITATION I,
LE SUBJECTUM ARTIS
NICHOLAS Valois l’alchimiste, a dit : « La
Science des Philosophes est la connaissance de la
puissance universelle des choses. »
Dans la nuit obscure de ton âme, tu as parfois
aspiré, mon Disciple, à une Lumière
incommensurable qui viendrait, en un jour
lointain et indéfini, illuminer ta détresse.
Tu as rêvé, vision confuse, d’allégresses,
d’harmonies surhumaines, d’omniscience, de
puissance illimitée.
Tu as pressenti - après les ténèbres et la morne
tristesse du chaos où, confusément, tu te débats -
de la splendeur.
Et voici que la ligne d’horizon de ta vie
s’empourpre, et te laisse entrevoir quelque chose
de meilleur et de plus parfait.
Empresse-toi de te diriger vers cette lueur encore
indécise. Suis-là ; c’est l’étoile des Mages qui se
lève pour toi et qui va te conduire, si tu ne la
quittes du regard, vers le Maître du Monde.
Livré à toi-même, tu t’es caractérisé par le
désordre des idées et le désordre des actes.
GRILLOT DE GIVRY – 3 – LE GRAND OEUVRE
Le spécifique à ce désordre est la rentrée en toimême.
La rentrée en toi-même exige l’effort de volonté
continue et durable.
L’effort de volonté continue et durable nécessite
une règle de vie.
La règle de vie comporte une série d’actes
spirituels qu’il te faut accomplir
scrupuleusement.
La première norme, qui résume toutes les autres,
c’est le désintérêt des dires et des actes des
hommes.
Enveloppe-toi d’indifférence comme d’un
manteau ; voilà la clef de la vie magique. Libèretoi
des contingences. Délivre-toi de toute
hylophilie. Enferme-toi dans ta pensée et dans ta
science. Sois le solitaire, le vrai ; construis-toi une
cellule dans ton propre coeur.
Accepter une vie obscure lorsqu’on est affamé de
gloire, c’est le summum de la perfection
alchimique ; ainsi, rigoureusement, les Saints ont
accompli le Grand OEuvre.
L’idéal que tu t’es créé est un royaume dans
lequel tu règnes en souverain maître ; que
désires-tu de plus ?
Tu es Roi au moment où les trônes s’écroulent !
Tu es Sacerdote au moment où les hiérophanies
chancellent !
Méprise la foule, méprise le peuple, méprise la
masse ; fuis les faces patibulaires. L’être
d’exception seul est digne de ton intérêt.
L’expansion populaire n’est considérable que
hiérarchisée. Une foule disciplinée a construit le
monument occulte par excellence, le monument
qui ne projette pas d’ombre : la Pyramide ; les
foules indisciplinées n’ont jamais su que pousser
des cris et piller, ce qui est à la portée de tous ;
veux-tu te joindre, simple unité à celles-ci ?
Renonce alors au Grand OEuvre ; la Voie de
l’Absolu ne s’ouvrira jamais pour toi.
Vouloir posséder la Sapience et en même temps
l’approbation populaire, c’est dérisoire.
« Agir consiste à ne pas agir », a dit Lao-Tseu ;
souviens-t’en. Lorsque la foule hurle et bataille au
dehors, toi, mon Disciple, veille sur l’athanor de
ton âme, et ne t’immisce pas dans les
advélitations et les luttes.
Si tu n’éprouves aucune peine à ignorer ce qu’on
pense et ce qu’on dit de toi, courage ! tu as déjà
progressé dans la Voie de l’Absolu.
La réputation n’est rien ; le témoignage seul de la
conscience importe. A quoi de te sert de passer
pour saint, si tu n’as pas la paix hermétique dans
ton coeur ?
Il faut donc, suivant la Scala Philosophorum,
commencer l’oeuvre lorsque le Soleil est dans
Aries, et la Lune dans Taurus.
Riplée et le Rosaire nous assurent qu’il faut un an
pour obtenir la Pierre Philosophale dans toute sa
stabilité et sa firmitude ; et Bernard le Trévisan y
ajoute sept jours.
Comprends et médite ces paroles. Efforce-toi de
développer les forces latentes qui subsistent en
toi. Ordonne ta vie suivant les normes occultes.
Tu es la matière même du Grand OEuvre : albifietoi,
spiritualise-toi, purifie ton astralité, dégagetoi
des ombres Cimmériennes.
Mais si tu préfères t’abandonner au hasard des
évènements, pleure alors sans espérance ; tu ne
connaîtras que l’insuccès et les désillusions et tu
n’entreras jamais dans l’assemblée des
Philosophes.
MÉDITATION II,
PRÉPARATION ET
PURIFICATION
PHILALETHE a dit : « De quelque façon qu’on
traite le mercure vulgaire, on n’en fera jamais le
mercure philosophique. »
Si ton âme est d’un rustre, c’est en vain que tu
prétends au Magistère.
As-tu déjà senti la nécessité de t’élever vers le ciel,
de sortir de ta gangue, de briser ta chrysalide ?
Si tu ne possèdes pas ce levain, ce ferment
d’élection, sois persuadé qu’il est inutile de rien
entreprendre.
Si tu es d’argile, tu resteras d’argile. Si tu as placé
ton idéal dans la fange, tu ne peux songer à la
sublimation, à la transmutation définitive, à
l’égression de la géhenne terrestre. Homme
vulgaire, tu ne deviendras jamais un Sapient.
Il est une alchimie transcendantale, c’est
l’alchimie de soi-même. Elle est préalablement
nécessaire pour parfaire l’alchimie des éléments.
La noblesse de l’oeuvre requiert la noblesse de
l’oeuvrant.
Construis l’athanor ; prépare l’oeuf
philosophique ; dispose l’aludel ; sépare le subtil
de l’épais ; recueille les larmes de l’aigle et le sang
du lion ; fais que ce qui est occulte devienne
manifeste ; ce sont les préliminaires de l’OEuvre
sans lesquels tu ne peux réussir.
La transmutation doit s’opérer en ton âme. La
Pierre, dans son état définitif, c’est l’Absolu lui-
GRILLOT DE GIVRY – 4 – LE GRAND OEUVRE
même ; le dissolvant purificatoire, ce sont les
formules de beauté et de perfection dont tu
orneras ta vie.
Le Magistère est Soufre, Sel et Mercure ; ainsi ton
âme sublimée qui est le véritable Mercure des
Philosophes, s’unira au Soufre de l’amour divin,
par le Sel de la mortification et des épreuves.
Coordonne donc toutes tes actions et toutes tes
impressions afin d’en former un ensemble
harmonique parfait. Efforce-toi d’acquérir
l’extrême lucidité de ton entendement. Détournetoi
de ce qui salit la vue. N’écoute pas ce qui
pollue l’oreille. Exalte en toi le sentiment de la
personnalité, pour t’efforcer ensuite d’absorber
celle-ci dans le sein de l’Absolu.
Embrase ton âme du feu alchimique, du feu qui
ne brûle pas. Je t’enseignerai à le recueillir ; et il
formera autour de toi un cercle protecteur, qui
t’isolera des Influences Mauvaises.
Garde-toi de vouloir goûter les fruits de la vie
mystique, avant d’avoir rien fait pour les
posséder.
Ne dis pas - ô l’étrange paradoxe : - « La Voie est
trop aride, et pour triompher des difficultés de la
Voie il faut être un Saint. »
Mais au contraire les Saints ne sont devenus tels
que parce qu’ils ont su d’abord triompher de ces
difficultés. Ils ont débuté comme toi, dans le
néant ; ils ont gravi comme toi l’échelle
philosophique en commençant par le premier
degré.
Ne demande donc pas la foi pour pouvoir prier
ensuite. Prie d’abord, et la foi inondera ton âme.
Mais j’en ai assez dit pour que tu saches que tu
dois désormais te former un corps mystique, qui
se substituera en tous tes actes à ton corps visible
pour employer utilement tes forces immatérielles.
Et ainsi tu vivras dans l’hyperphysique ; et c’est
là la Voie.
MÉDITATION III,
IGNIS PHILOSOPHICUS
LE président d’Espagnet a dit : « La régénération
du monde se fait par le moyen de l’esprit de feu
qui descend en forme d’une eau qui enlève la
tache originelle de la matière. » C’est d’en haut
que tu dois faire descendre le feu philosophique
qui purifiera tes concepts et abstergera ton âme.
Il y a ici un très grand mystère.
Ce feu énigmatique, tu ne l’obtiendras que par un
effort merveilleux de volonté et par une ardente
efflagitation. Ces choses ont la miséricorde de
Dieu, comme dit Basile Valentin. Pontanus avoue
avoir erré plus de deux cents fois, quoiqu’il
travaillât sur la vraie matière, parce qu’il ignorait
la nature du feu philosophique.
Que tes mains et tes intentions soient pures, sinon
cet adjuvant céleste te sera totalement refusé.
Il est l’influx astral, l’éclair coeligène jaillissant de
la nue sur l’athanor, le lien unissant le
macrocosme et le microcosme. Sans lui tu ne peux
rien accomplir, et avec lui tu es fort de toute force.
Zarathoustra l’appelait Berezesengh, le feu qui se
tient devant Ormuzd. Mosché l’a nommé ;
et les Mages l’ont exprimé ainsi sur les briques
Khaldéennes ; contemple cette effigie
C’est l’Esprit même de Dieu qui descend
impétueusement dans le Philosophe, et qui, se
combinant avec le feu central, c’est-à-dire la
propension intérieure de son âme vers le Mystère,
le fait vaticiner et lui donne le pouvoir
d’accomplir des miracles.
Recueille-toi, mon Disciple ; tu dois être le temple
de cet esprit ardent qui opère de grandes choses.
Souviens-toi que les cendres des Philosophes
contiennent le diadème de leur Roi. Ferme ton
âme aux impressions extérieures. Lute ton
athanor avec le lut de la Sapience. Ne regarde pas
au dehors dans les ténèbres ; reste au centre ;
rapproche-toi le plus possible de l’ignition, de
peur d’être emporté dans la circumversion, dans
le tourbillon glacé du Maudit qui rugit, quoerens
quem devoret.
Prends garde aux lémures mortifères, aux esprits
cataboliques qui rôdent autour de toi. Vois les
empuses qui te guettent ; invoque les égrégores :
réchauffe bien en ton sein l’oiseau d’Hermès.
L’Alcyon va naître, mon Disciple ; réjouis-toi ; et
si tu sais provoquer ce courant magnétique qui
doit s’établir entre toi et les sphères supérieures,
tu possèdes le Magistère, et le reste n’est que jeu
d’enfants.
Vois, sculpté sur le portail droit de Notre Dame
de Paris, l’évêque juché sur l’aludel où se
sublime, enchaîné dans les limbes, le Mercure
Philosophal.
Il t’enseigne d’où provient le feu sacré ; et le
Chapitre, laissant, par une tradition séculaire,
cette porte fermée toute l’année, t’indique que
c’est ici la voie non vulgaire, inconnue à la foule,
GRILLOT DE GIVRY – 5 – LE GRAND OEUVRE
et réservée au petit nombre des élus de la
Sapience.
Mais il n’est pas permis d’en dire d’avantage sur
ce sujet.
MÉDITATION IV,
DISSOLUTION
ROGER Bacon a dit : « Il faut que le corps
devienne esprit et que l’esprit devienne corps. »
C’est la solution de l’OEuvre.
Pour la réaliser, ton propre corps, embrasé par le
feu philosophique, corrodé par l’eau ardente des
contritions, doit atteindre un tel degré de pureté
qu’il s’immatérialise vraiment.
Alors, se transfigurant comme sur un Thabor, il
deviendra inaltérable ; il ne sera plus un
impédiment à la vie spirituelle, mais au contraire,
à l’égal des corps glorieux, il participera de celleci
et contribuera lui-même, - ô prodige ! - à
l’OEuvre.
Corporéifie ensuite ton esprit, c’est-à-dire projette
un regard scrutateur sur cette impalpable
substance de toi ; dont tu n’as peut-être jamais
songé à connaître la mystérieuse nature, quoique,
constamment, elle accompagne ton corps.
Étudie minutieusement tous ses rouages occultes
afin de savoir la diriger, de pouvoir ménager sa
puissance et la sustenter de la nourriture
intellectuelle qui lui convient.
Tu possèdes, mon Disciple, un trésor immense de
forces cachées que tu ignores, forces
considérables et invincibles, ployées en toi, et qui
surpassent toutes les forces corporelles ; apprends
à t’en servir, à les faire obéir à ta volonté, à t’en
rendre absolument maître.
Et pour ceci tu dois d’abord retrancher de ton
intellect tout ce qui est superflu et obsolète.
Émonde vigoureusement la frondaison de tes
pensées vulgaires. Taille hardiment dans cette
futaie des lieux communs et des banalités qui
peuvent t’occuper encore. Élague tout ce qui ne
représente pas de la vigueur et de la force ; c’est
une végétation malsaine qui ne produit que des
déperditions d’énergie spirituelle.
La pensée est une substance de nature presque
fluidique. Une fois émise, elle existe.
La pensée est immuable. Elle provoque dans la
sphère de l’existence pure un écho qui résonne
dans l’éternité. Garde-toi donc des cogitations
infernales que tu peux créer et qui se fixeront à toi
pour ta damnation.
Sois pur, car c’est ta vertu elle-même que tu dois
projeter sur l’athanor pour l’animer. Évite les
actes indifférents en eux-mêmes. Que ton regard
n’erre jamais sur les objets qui ne valent pas un
instant de ton attention ; c’est une parcelle de ton
être que tu perdrais sans jamais la pouvoir
récupérer.
Puis, libéré alors du fardeau des inutilités,
recueille précieusement ce que tu veux conserver
de forces vives, et dirige-les sur l’OEuvre avec
véhémence. Observe avec attention les couleurs
du Magistère, et fais converger, vers le but final,
tes moindres actes.
D’aucuns te diront que la puissance miraculaire
s’acquiert et se transmet par un souffle, un mot
murmuré kabbalistiquement à l’oreille, une
lecture de quelques pages en un grimoire ou la
confection d’une baguette.
Apprends, au contraire, qu’un tel pouvoir ne te
sera conféré que par une laborieuse et lente
culture des forces psychiques subsistant en toi à
l’état latent.
II faut t’abstraire dans la vie supérieure en
exaltant puissamment ta volonté, opérer une
véritable ségrégation de toi-même d’avec le
monde physique et extérieur.
Élève autour de toi comme un mur qui retienne
ce qui émane de toi vers les choses sensibles ;
enferme-toi ainsi dans la citadelle hermétique
d’où tu sortiras un jour, invulnérable.
Sans doute, tu vois déjà poindre quelque peu la
Lumière que je t’ai promise, et tu te réjouis.
Patience ! songe à ton impéritie ! Tu n’es qu’au
IVe degré de la Voie de l’Absolu. Il te reste plus
de la moitié du chemin à parcourir, et tu peux
encore trébucher sur la route, et choir.
De plus habiles que toi sont tombés, qui
touchaient presque au but.
Un doigt sur la bouche, comme Harpocrates, et
prie, mon Disciple, dans le silence de ton âme.
MÉDITATION V,
CONJONCTION
FRÈRE Basile Valentin a dit : « Et la voix
mélodieuse de la Royne plaira grandement aux
oreilles du Roy igné ; il l’embrassera amiablement
pour la grande affection qu’il luy porte, et sera
repeu d’icelle jusques à ce qu’ils disparoissent
tous deux, et d’eux deux ne soit faict qu’un
corps. »
Le Grand OEuvre est une éthique transcendentale.
Or, il est facile à l’Adepte d’éliminer de son
existence les impédiments des pensées superflues
et des êtres importuns.
GRILLOT DE GIVRY – 6 – LE GRAND OEUVRE
Mais il rencontrera de sérieuses difficultés, s’il
veut, obéissant à là norme d’activité et de
passivité d’après laquelle est construit le
macrocosme, reconstituer en lui-même
l’androgynat édenique par l’assimilation d’une
autre vie à la sienne. Là est l’obstacle,
l’offendiculum véritable.
C’est en vain, mon Disciple, que tu accompliras
les ablutions préparatoires et que tu revêtiras la
robe de lin sacré. Si ton coeur n’est pas pur, ce
n’est pas le vêtement qui le mondifiera et qui
saura te dérober à l’oeil de la Divinité.
Il n’est pas de déperdition de forces psychiques
comparable à celle que provoquera en toi la
multitude des convoitises. C’est un envoûtement
auquel Schelomoh lui-même n’a pas résisté.
Qui purus est, is certes est augur ; c’est Paracelse
qui te l’enseigne, et la parole de ce maître est
précieuse.
Ne marche pas dans les voluptés innommables.
Ne ceins pas ta jambe de la jarretière de peau de
loup. Garde-toi d’allumer le cierge vert qui dirige
la femme vers les ténébreuses luxures. Redoute
les incantations et les philtres d’amour, et porte
au doigt la topaze qui réfrène la lubricité et qui
chasse les phantasmes de la nuit. Défie-toi du
crapaud de la sorcière, et ne t’endors pas, comme
Merlin l’Enchanteur, dans la forêt de Brocéliande,
où Viviane la perfide t’enchaînera pour les
siècles.
Si tu choisis une compagne, le lien qui t’attache à
elle doit être indissoluble, puisque tous deux, un
jour, vous contemplerez l’Absolu face à face.
Avec elle tu dois partager les joies éternelles. Ses
pensées, comme les tiennes, doivent donc
converger toutes, vers la possession de l’Absolu.
Tu ne peux vivre qu’auprès de celle qui chemine,
la main dans la main, avec toi dans la Voie, qui
recherche avec toi la chose à trois angles, et
t’adjuve au Grand OEuvre.
L’épouse de l’alchimiste, c’est Pernelle, discrète et
savante, portant au doigt l’anneau du souverain
lien, reflétant toutes les pensées du maître, et
veillant à son tour sur l’athanor lorsque l’heure
l’exige.
Si tu as mal choisi, jette un dernier regard sur ce
mystère qui ne t’est pas destiné ; emplis tes yeux
de sa clarté, et ferme ce livre.
Tu peux quitter la Voie de l’Absolu, auquel
jamais tu ne parviendras. Descends vers la
géhenne, malheureux ! avec l’être inutile que tu
as attaché à ta chair, avec l’écorce vide que tu
traînes avec toi, et rentre dans la voie de la
médiocrité qui est désormais tienne, et d’où
jamais tu n’aurais dû sortir.
Mais si ta compagne orne vraiment ta vie,
continue avec elle la progression contemplative
vers l’Absolu.
Elle doit tirer - la merveilleuse ! - le même fruit
que toi des présentes méditations.
Mais n’oublie pas que sa voie de perfectionabilité,
malgré l’homoeomérie du but final, est différente
de la tienne, ce que tu connaîtras en étudiant avec
soin sa constitution microcosmique.
Paracelse l’enseigne expressément : Archoeus
alius in, viro, alius in foemina.
C’est de toi qu’elle doit recevoir l’initiation,
comme tu la reçois toi-même de la Divinité.
Retiens ce point essentiel, et garde-toi de
l’orienter dans une voie qui n’est pas la sienne.
Place la pomme d’or dans l’une de ses mains et le
flambeau allumé dans l’autre.
Le feu et le menstrue dissolvant, voilà la clef de
l’Art Majeur.
Si tu les connais, tu es alors dans la Voie Royale et
tu verras bientôt le jour éternel, le jour qui ne finit
pas, qui nescit occasum dies.
MÉDITATION VI,
PUTRÉFACTION OU HYLATION
SIVE MORS
LE Cosmopolite a dit : « Celui qui ne descend pas
ne montera pas. »
Voici, mon Disciple, l’épreuve des épreuves, celle
où t’attendent, ricanantes et pallides, les
Influences Mauvaises, dans l’espoir de te voir
trébucher et retomber dans les ténèbres
extérieures.
Si tu y résistes, le Phoenix, succédant à l’AIcyon,
va éclore pour toi.
Le monde n’a pas conscience des supériorités
naissantes. Prends donc la sainte habitude de
souffrir le mépris de ceux qui valent moins que
toi.
Pénètre-toi de cette vérité qu’il ne te sera jamais
rendu justice, sinon lors de ton avènement dans la
Lumière.
Il faut que tu deviennes complètement indifférent
à l’opinion des hommes, ce qui est plus facile à
exprimer qu’à réaliser.
Que t’importe de passer dans la foule pour une
vague unité, lorsque tu as conscience de ta
Royauté intellectuelle ?
GRILLOT DE GIVRY – 7 – LE GRAND OEUVRE
OEuvre selon ta conscience, sans te soucier du
résultat.
Accepte la gloire comme un fardeau, et ne la
désire pas, sinon la gloire éternelle, celle des
Philosophes : l’Absolu.
Si tu recherches l’assentiment humain, tu marches
vers les ténèbres ; tu es hors de la Voie.
Si tu désires être un Saint pour que l’on te
reconnaisse comme tel, il est certain crue tu ne le
deviendras jamais.
La puissance miraculaire s’hyperconcentrera en
toi lorsque tu ne la convoiteras plus, lorsque tu
auras tué en toi l’ambition de la posséder.
Alors, en usant de ce pouvoir qui émerveillera les
hommes, ton coeur, devenu insensible, ne
s’enorgueillira pas.
Mais que de chemin à parcourir pour obtenir ce
résultat !
Anéantis-toi, mon Disciple, dans un abîme
d’humilité. Sois infime parmi les infimes. Deviens
obscur. Cache-toi comme ce disciple de Khoung-
Tseu qui arrachait des larmes d’admiration à son
maître et lui faisait dire : « Oh ! qu’il était sage,
Hoéi ! Il demeurait dans un réduit au fond d’une
rue étroite et abandonnée, et pourtant cela ne
changeait pas la sérénité de Hoéi ! Oh ! qu’il était
sage, Hoéi ! »
Rappelle-toi cette parole : « La patience est
l’échelle des Philosophes et l’humilité est la porte
de leur jardin. »
Abaisse-toi et tu te transfigureras un jour, et tu te
réveilleras, brillant et radieux, dans l’amplexion
du Roi de Gloire, du Roi Oriental séant sur son
trône, comme disent les vieux maîtres, et tu
entreras dans la Mer Pourprée qui est le
Magistère des Philosophes.
Mais tu n’es encore que le mercure lépreux qui a
fait mourir le Soleil de justice sur l’effigie du
quaternaire, souviens-t’en !
MÉDITATION VII,
SUBLIMATION DISTILLATION
NICOLAS Flamel a dit : « Cette opération est
vrayement un labyrinthe, parce qu’icy se
présentent mille voyes à mesme instant, outre
qu’il faut aller à la fin d’icelle, justement tout au
rebours du commencement. »
L’affliction est la semence de perfection.
C’est véritablement le menstrue des Sages ; c’est
le Lion verd des Philosophes, l’eau Pontique qui
ne mouille pas les mains, l’acetum acerrimum ou
vinaigre très aigre au moyen duquel s’extrait de
la tête de corbeau, le véritable Lait de la Vierge, et
l’Elixir pour la multiplication.
Tu dois faire converger vers le but suprême
chaque circonstance de ta vie, mais
principalement les peines et les souffrances
quotidiennes ; et il t’en adviendra beaucoup, car
« les disciples des Sapients ne trouvent pas de
repos en ce monde », dit Rabbi Issacha Baër.
Tu peux tirer de celles-ci un parti merveilleux, en
obtenir l’eau régale qui corrodera toutes les
impuretés.
Savoir extraire des difficultés mêmes de la vie, un
ferment de perfection, et les transmuer en autant
de forces vives dans le plan hyperphysique, c’est
l’alchimie majeure contre laquelle rien ne
prévaut ; c’est la déalbation magnifique, l’aurum
de stercore de Virgile, le morbus quilibet
purgutorium de Paracelse.
Ne profère donc pas un murmure lorsqu’un de
tes projets n’est pas couronné de succès. Tu ne
tarderas pas à comprendre qu’il était nécessaire
qu’il en fût ainsi, et que les déceptions
momentanées devaient te préparer plus tard des
avantages inattendus.
Geber enseigne qu’il est presque obligatoire que
l’alchimiste erre plusieurs fois.
Contente-toi donc, dans l’adversité, de penser,
sans exacerbation, que ta vue intellectuelle se
trouve, à ce moment, obscurcie, et que la voie
d’où tu as été rejeté et que tu croyais excellente,
ne l’était pas. Tu en acquerras bientôt la certitude,
et tu reconnaîtras l’enchaînement toujours
admirable des effets et des causes.
Garde-toi surtout de porter envie aux
triomphants du jour et de l’heure. Tu les
entendras, mon Disciple, railler ton ascèse et
mépriser ton effort.
« Nous ne prions pas : disent-ils, - les
inaniloques ! - nous ne prions pas, et pourtant nos
affaires prospèrent ! Nous blasphémons Dieu, et
Dieu ne paralyse pas notre langue ! »
Mais que prouve cela ? Que leur Père Céleste est
bon et qu’ils sont mauvais ; rien de plus.
Pour toi, mon Disciple, poursuis avec
persévérance ton incès dans la Voie. Ne te lasse
pas. Les maîtres eux-mêmes ont, plusieurs fois,
recommencé l’OEuvre.
Mais sache comprendre que nul enseignement
acroamatique ou érotématique ne saurait
remplacer l’assimilation lente de la doctrine
alchimique, par une étude approfondie et
consciencieuse des livres des maîtres.
Ce n’est qu’après de longues années que
GRILLOT DE GIVRY – 8 – LE GRAND OEUVRE
commencera à poindre pour toi, la Lumière.
Alors, dans des textes où le profane ne voit que
matière à sourires, tu percevras déjà des rapport
subtils, des jalons te guidant parmi les obscurités
de la Voie.
L’alchimie n’est pas une hémérèse ; c’est l’oeuvre
de la vie entière ; elle fait corps avec l’existence de
l’Adepte. La possession du Grand OEuvre est le
couronnement de la vie. Tu ne l’obtiendras
qu’une fois, de même que tu ne vivras qu’une fois
sur terre.
Atteindre l’Absolu à vingt ou trente ans est donc
illusoire ; à cet âge tu es seulement sur la Voie ; et
tu ne peux abandonner celle-ci sans perdre en
même temps l’espoir d’y rentrer jamais.
C’est donc progressivement que tu découvriras la
vérité dans la parole des maîtres ; ne demande
pas d’être au terme du voyage avant d’avoir
parcouru le chemin nécessaire pour y Parvenir. Si
tu es quelque peu avancé dans la Voie, tu
reconnaîtras qu’il est impossible de parler plus
clairement.
Mais combien, plus tard, les paroles maintenant
obscures et incompréhensibles, te sembleront
lumineuses si tu n’as cessé de travailler suivant
les prescriptions des maîtres !
Tu souriras alors, en connaissant si simples, les
notions qui te paraissaient si abstruses lorsque tu
n’étais qu’un profane, et tu avoueras qu’il n’était
pas d’explication possible, avant l’investigation
personnelle, destinée à préparer ton esprit à
recevoir les semences du vrai.
Et c’est dans ce sens qu’il est dit que nul ne peut
être initié que par soi-même.
MÉDITATION VIII,
COAGULATION MUTATIO
COLORIS, CAPUT CORVI
BIENHEUREUX Raymond Lulle a dit : « Et ainsi,
tu auras un perpétuel trésor que tu pourras
augmenter indéfiniment, et par lequel tu
accompliras l’OEuvre jusqu’à l’infini. »
Et maintenant, voilà la grande page mystique,
celle que ne doivent pas lire et que ne
comprendront prendront pas, ceux qui ne sont
pas totalement détachés du souci des
contingences et du fracas des opinions humaines.
As-tu écarté de ton âme toutes les sensations qui
pouvaient y introduire le déséquilibre, troubler ta
sérénité astrale ?
Es-tu suffisamment prêt pour commencer à agir
avec efficacité dans l’immatériel ?
Alors, exerce-toi à recueillir tes forces animiques
et psychiques. Coagule-les. Donne corps à
chacune de tes pensées. Affermis-les en les
précisant, avec soin et en les concrétisant en ton
esprit.
Elles sont nombreuses, mais elles t’échappent
parce que tu ne sais comment les maîtriser.
Garde-toi d’en perdre aucune, de laisser fluer
cette puissance précieuse, de la disséminer sur
des notions inutiles et vaines.
Détermine exactement, au contraire, celles sur
lesquelles tu veux fixer ton attention : élimine et
rejette toutes les autres. Puis rassemble, comme
en un faisceau, tes pensées volontairement émises
et consacre-les en les proférant verbalement avec
énergie et volonté ; et ainsi tu accompliras de
grandes choses.
Arnauld de Villeneuve appelle ceci l’Angle de
l’OEuvre.
Recueille donc avec soin l’eau Pélidor qui est
d’un vert naissant. Transmue les Eaux Mortes en
Eaux Vives. Prépare la résurrection de l’oiseau
d’Hermès.
Ici surtout, il faut purifier tes intentions et ton
coeur. Que vers le bien seul, s’oriente ta volition.
Prends garde, mon Disciple ; tu cours en cette
phase un très grand danger. Tout mauvais
vouloir, par toi émis, se retournerait contre toimême.
Ne cherche pas à écarter les impédiments
en proférant, contre ceux par lesquels ils
t’adviennent, la formule de malédiction. Celle-ci
est irrécupérable et son voeu sinistre, une fois
formulé, s’accomplit toujours.
Ce n’est pas pour la vengeance que le pouvoir
t’est donné. Ne te fourvoie pas. C’est la Voie
Royale, la Voie de l’Absolu que tu suis, et non la
voie ténébreuse.
Jugule les éclosions malsaines de ta pensée
troublée. Ne pactise pas avec le Maudit. Repousse
les consommations infernales et les cogitations
morbides.
C’est le Soufre des Philosophes, le Soufre qui
illumine tout corps parce qu’il est lui-même
lumière et teinture, que tu recherches avec
avidité ; crains de rencontrer à sa place l’Asmodai
qui séduisit Aischa.
Mais j’ai dit. Je ne puis, mon Disciple, te révéler
l’ensemble des arcanes hermétiques ; il suffit que
je t’indique la Voie qui conduit à ces arcanes.
C’est ta volonté et ton intelligence qui
parachèveront, avec l’aide de Dieu, l’OEuvre.
GRILLOT DE GIVRY – 9 – LE GRAND OEUVRE
MÉDITATION IX,
FIXATION
MESSIRE Jehan de Meung, en son Mirouër
d’Alquimie a dit : « Nostre science est science
corporelle, d’ung et par ung simplement
composée. »
Unique, en effet, la modalité suivant laquelle se
recherche et se conquiert l’Absolu.
Celui qui s’achemine vers la perfection vraie
s’élève au-dessus de la nature ; et celui qui est audessus
de la nature peut commander à la nature.
C’est ainsi que tu pourras faire des miracles et
transmuer les métaux et les gemmes.
As-tu compris ici, mon Disciple, la subtile
difficulté de l’OEuvre ?
Tu n’obtiendras la Pierre que lorsque tu seras
devenu parfait. Et tu ne seras jamais parfait, si tu
recherches la Pierre à cause des richesses qui
l’accompagnent. Donc, lorsque tu posséderas la
Pierre, tu n’auras, fatalement, par ta perfection
même, qu’un souverain mépris pour les
avantages matériels qu’elle te prodiguera.
Car tu seras alors dans l’extase ; tu pourras te
rendre invisible, évoquer les morts et franchir
instantanément les plus grandes distances ; tu
vivras d’une vie super-exaltée qui s’alimentera et
subsistera d’elle-même, te laissant indemne de
tout besoin et de tout désir.
Vois donc le vulgaire se cantonner dans
d’étranges sophismes : « Si vous possédiez la
Pierre, vous seriez puissamment riches, disent-ils,
scommatiques, et vous exulteriez dans la joie et
dans l’allégresse ! »
Et d’autres, sans foi en leur âme et sans pureté en
leur coeur, ont ouvert les livres des alchimistes. Ils
ont manipulé des substances, soufflé en des
athanors, calciné des mixtes, sans comprendre
qu’il faut avoir fait une longue stase dans
l’Oratoire, avant d’oser entrer dans le
Laboratoire.
Et devant l’insuccès fatal, enflés de vanité, ils ont
déclaré trompeuse et illusoire la parole des
maîtres, plutôt que d’avouer qu’ils s’étaient
trompés eux-mêmes !
Laisse là les obstrigillations et les scurrilités de
ces censeurs ignorants et vains.
Ils raillent les Alchimistes qui sont morts
indigents et inops ; mais sache, mon Disciple, que
lorsque tu posséderas la Pierre, tu dédaigneras
littéralement de faire de l’or physique.
Car tu seras un Saint et tu commanderas aux
éléments.
Quelle émotion, lorsque tu parviendras au seuil
de l’Infini ; perdu dans la contemplation suprême
de l’Absolu, pourras-tu éprouver encore à la vue
des richesses temporelles ? Serais-tu parfait si tu
étais encore assujetti aux nécessités vitales, si tu
n’avais tué en toi tout désir humain ?
C’est pourquoi Grosparmy affirme que « oncques
ne fut mémoire qu’avarieux possédât la Pierre. »
C’est l’évidence même.
La pratique de la Pierre et le désir de l’or sont
incommiscibles. Entreprendre le Grand OEuvre
pour s’enrichir, ce serait entrer à rebours dans la
Voie de l’Absolu.
Tu obéirais alors à un instinct maléfique, et il ne
doit plus s’en trouver un seul en toi. Comment
pourrais-tu commander à la nature si tu n’avais
d’abord commandé à toi-même ?
Ce n’est pas que tu ne puisses, un jour, pour
quelque motif supérieur, tenter l’OEuvre dans le
plan physique, et transmuer matériellement les
métaux. Plusieurs adeptes, Nicolas Flamel, Jehan
Saunier, Zachaire et d’autres, l’ont fait ; et peutêtre
y seras-tu contraint, bien que désabusé du
monde, par des obligations transcendantes.
Mais souviens-toi qu’un autre, et non toi, usera
alors des richesses ainsi produites qui jailliront
avec profusion de ton athanor.
Et cet être, doué d’une vie ardente et sauvage,
brillant et impétueux comme l’animal des forêts,
mais comme lui, cruel et sans âme, sèmera
partout le désordre, l’épouvante et le malheur,
jusqu’au jour où il succombera sous les coups
invisibles d’un de tes frères en Sapience, qui aura
reconnu en lui une incarnation du Maudit !
MÉDITATION X,
QUINTESSENCE, ELIXIR
PARFAIT
MAITRE Albert le Grand, archevêque de
Ratisbonne a dit : « Ici sont cachés des trésors
inappréciables, et nul ne les connaît sinon ceux à
qui Dieu veut les révéler. »
Resplendis dans la gloire, mon Disciple !
Je t’ai conduit jusqu’au Xe grade ; et sur la Voie
véritable, tu as appris à purifier tes concepts, à
affiner tes pensées. L’oiseau d’Hermès s’est
transformé maintenant en Pélican ; et bientôt se
lèvera devant toi le voile qui recouvre l’Absolu !
Tu te trouves maintenant, comme l’homme
universel dans le Pardès, en présence de deux
arbres : l’arbre de la Vie et l’arbre de la Science.
Le premier, c’est la Voie spirituelle de la
GRILLOT DE GIVRY – 10 – LE GRAND OEUVRE
contemplation mystique ; c’est l’anagogie,
l’extase ; L’autre c’est la voie du raisonnement, de
l’objection et du doute, le chemin des sophistes et
des logodaedales.
Choisis celui dont tu veux recueillir les fruits, et
garde-toi de toute erreur.
C’est ici que la déréliction de la Voie de l’Absolu
est particulièrement dangereuse ; mais sache,
pour t’éclairer dans ton choix, que tout ce que la
science nous enseigne, en des milliers de livres, tu
peux l’acquérir en quelques secondes par
l’illumination mystique, parce que ton esprit, se
trouvant face à face avec l’Absolu saisit alors la
Clef de l’harmonie universelle.
Et cette Clef, les livres ne te la donneront jamais !
C’est en vain que tu liras tout ce qu’ont écrit les
maîtres. Si tu ne la possèdes pas, tu ne
comprendras rien à leur langage.
Sauras-tu triompher de l’épreuve liminaire du
doute ? Prends garde ! ton avenir éternel s’y
trouve engagé tout entier. Si tu succombes, tu ne
verras jamais la splendeur ; et rappelle-toi que
l’occasion d’être initié est unique en la vie. Si tu la
laisses échapper, jamais elle ne sera réitérée.
Demande la Lumière à la Lumière elle-même. Tu
ne l’obtiendras pas autrement.
« Blanchissez le laiton et déchirez vos livres, de
peur que vos coeurs ne soient déchirés par
l’inquiétude ! », s’écrie le sage Morien.
Les livres ne sont que trop nombreux, en effet ;
mais c’est l’énergie et la volonté qui manquent le
plus souvent pour parfaire la Pierre.
Le Grand OEuvre ! mais il est écrit partout ! il est
exposé à tous les regards, aussi clairement
exprimé qu’il est possible de le faire sans violer le
secret des Adeptes.
Tu peux le lire sur le portail droit de Notre Dame
de Paris et sur la tour de Saint-Jacques-la-
Boucherie. Je l’ai trouvé isagogiquement dessiné
sur les vitraux du choeur de la Madeleine, à
Troyes, et sculpté dans le palais de I’alchimiste
Jacques Coeur, à Bourges.
Il est révélé dans les Lettres Milésiennes, dans le
des Grecs, dans le et le
des Kabbalistes. On te l’enseignera à
Bénarès dans la formule :
« Blanchissez le laiton et déchirez vos livres ! »
Oui, mon Disciple, l’OEuvre tout entier est là.
Conquiers l’Urim et le Thummim. Cueille le fruit
de l’arbre de l’Edot gnostique. Le joyau est dans
le Lotus !
Souviens-t’en, et l’Univers est à toi !
MÉDITATION XI,
MULTIPLICATION
BERNARD, comte de la Marche Trévisane a dit :
« Le Mercure des Philosophes se sublime
quelquefois en un corps resplendissant et
coagulé. »
Déjà, mon Disciple, tu peux recueillir les fruits du
Magistère, si tu as exercé habilement et
puissamment ta volonté, selon les normes que je
t’ai enseignées.
Les diathèses de ton esprit et de ton âme
t’indiqueront manifestement ce résultat.
Lorsque toutes les circonstances de ta vie
commenceront à s’enchaîner suivant l’expression
de tes désirs, lorsque les difficultés s’aplaniront
miraculeusement devant toi, lorsque tu verras
toutes les volontés plier devant la tienne, et tes
ennemis concourir eux-mêmes inconsciemment à
l’accomplissement de tes projets et à la réalisation
de ton destin, tu pourras avoir la certitude alors,
d’être parvenu bien avant dans la Voie.
Et voici l’opération ultime de la Philosophie
hermétique, réservée à ceux qui sont parvenus à
l’apogée de la Sapience, et que je confie à ta
prudence et à ta discrétion.
Les forces que tu as acquises subsistent en toi à
l’état latent, comme un trésor caché. C’est la
Pierre dans sa blancheur, que tu as obtenue par le
Mercure, le Feu et l’Élixir.
Il faut donc, pour mettre en oeuvre ces forces
sécrètes, connaître et pratiquer la Multiplication
des Sages.
Lorsque tu te tiendras au milieu de tes frères
assemblés pour l’oraison, leurs coeurs étant
parfaitement contrits et leurs âmes sublimées, et
que tu jugeras l’atmosphère astrale saturée
d’intentions droites et de volontés ardentes,
empare-toi avec callidité et énergie de ces
irradiations éparses, et réunis-les en un courant
unique que tu dirigeras à ton gré, et par le moyen
duquel tu véhiculeras l’expression de ton voeu
spécialement formulé.
Tu élèveras ainsi entre la terre et le ciel, et toute
chargée de ta puissance volitive, une sorte de
colonne fluidique qui s’animera d’un violent
mouvement giratoire en produisant le bruit d’un
torrent ou d’un vent impétueux, et qui parfois,
pourra devenir visible en s’embrasant soudain
d’une lumière éclatante.
GRILLOT DE GIVRY – 11 – LE GRAND OEUVRE
Et alors tu verras de grandes choses s’accomplir
par toi - même, et sans que les hommes
connaissent ta puissance, ni ne supputent la
splendeur de ton âme.
Réjouis-toi donc, ô mon Fils, d’être, dans ton
obscurité, un des élus, un de ceux qui savent !
Te voilà appelé à recueillir l’héritage, à continuer
en ton siècle, la tradition de ces maîtres illustres
qui t’ont précédé dans l’Absolu.
Vois, mon Disciple, les Geber et les Raymond
Lulle, vois Arnauld de Villeneuve et Morien, et
Artéphius, et Schelomoh, et Marie la Prophétesse,
qui te contemplent dans leur gloire.
Tu possèdes leur secret, l’arcane suprême, qu’ils
ont celé précieusement au vulgaire et à la foule.
Sache donc te montrer digne de ces magnifiques
et de ces superbes.
Qu’ils puissent saluer du baiser aditial ton entrée
dans l’Absolu, et que jamais ils ne te rejettent
comme parjure dans les ténèbres extérieures.
MÉDITATION XII,
AUGMENTATION OU
PROJECTION
HERMES Trismégiste a dit : « Venez, Fils des
Sages ; réjouissons-nous tous ensemble ; faisons
éclater notre joie par des cris d’allégresse, car la
mort est consumée. Notre Fils règne, et il est
revêtu et paré de sa pourpre ! »
Hosannah ! mon Disciple ! Tu es parvenu au
dernier détour de la route ; tu as gravi le degré
ultime de l’échelle de perfection.
Revêts la Pierre de son manteau royal. Exulte ;
rubifie-toi !
Voici que tu es investi d’un pouvoir splendide.
Tu es dans l’anagogie, dans le Pardès. Tu peux, à
ton gré, entrer dans l’extase, inonder tes yeux de
la céleste Lumière, t’abstraire loin d’ici-bas, dans
la contemplation de l’Absolu.
L’ostention de tous les mystères s’est effectuée à
tes yeux. Ta puissance est vraiment illimitée.
Parvenu à ce sommet de la perfection, tu as
entièrement assujetti tes énergies physiques aux
forces de ton âme.
Tu possèdes la paraclèse pour tous les maux, le
panchreste universel !
Ta vie se sustentera d’elle-même, car tu sauras
puiser directement à la source de la vitalité.
La distance et les obstacles n’existeront plus pour
toi ; tu commanderas à la nature et aux éléments ;
tu verras dans l’avenir et tu liras dans les
consciences.
Et tu auras reconstitué ainsi l’état édenique
primordial ; et cette vie surélevée sera semblable,
pour toi, à l’immortalité, dans laquelle tu entreras
sans solution de continuité ni stase transitoire.
Ceci, mon Disciple, est la Résurrection de notre
Roi de Gloire, qui vient à toi, éclatant de
splendeur. Souviens-toi des maîtres ; ils ont tous
accompli la transmutation du Mercure le jour de
Pâques, au son des cloches et des chants joyeux
de l’Alleluia, c’est-à-dire au sortir de la longue
nuit pendant laquelle notre Roi, la victime
paschale, est mort et a souffert.
Réjouis-toi de ce don divin qui t’est fait en ce
jour !
C’est l’escarboucle véritable, le vitriol rubifié le
baume de vie triangulaire, le balsamum
perfectum, que t’offre la main de Dieu lui-même ;
c’est la rosée du matin, la quintessence noblement
distillée, le poisson sans os qui nage dans la mer
philosophiques ce que les Alchimistes appellent
d’un mot unique : l’Universel !
Et maintenant te voilà devenu l’Aigle dont le
regard fixe le Soleil. Ainsi j’ai tenu ma promesse
et je t’ai conduit par la main, jusqu’au seuil de
l’Absolu.
Si tu as tiré quelque fruit de la lecture de ces
pages, rends grâces au Seigneur, et lorsque tu
entreras dans la gloire, accorde, mon Disciple,
quelque souvenir à ton Maître, à celui qui t’a
indiqué la Voie véritable, qui ne trompe pas, la
Voie Royale de l’Absolu !
* * *
GRILLOT DE GIVRY – 12 – LE GRAND OEUVRE


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MessagePosté le: 2017-11-08, 11:01    Sujet du message: Publicité

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